Regards sur le rugby féminin

Passionnée de rugby, Sophie Surrullo, consultante en communication, vient de publier un ouvrage dédié au ballon ovale : "Entre les lignes : rencontres" (Editions du Rocher). Le fil rouge ? Une question d’actualité : le rugby pro est-il en train de perdre son âme ?

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En quoi cette problématique concerne-t-elle le rugby féminin, encore amateur ? L’auteur a eu la bonne idée d’interviewer trois femmes lors de ses entretiens : Carole Durand-Laurier, ex-internationale et ex-manager du XV de France féminin, Nathalie Amiel, ancienne internationale et actuelle entraîneuse du XV de France féminin, et Marie-Alice Yahé, capitaine de l’équipe de France. L’occasion de (re)découvrir leurs parcours, mais aussi leurs regards sur le rugby, masculin comme féminin.

Quelques extraits des entretiens :

– Carole Durand-Laurier : "Ce n’est pas la peine d’aller dans les travers de ce que vivent les hommes à grande échelle" ; "Comme il y a une crise du bénévolat, un club féminin peut vivre pendant deux, trois ans et mourir très vite" ; "Même si les filles n’ont pas un côté prioritaire à la Fédé, il y a des efforts qui sont faits […] Je suis convaincue de l’évolution des féminines, mais il faudra passer par des obligations au niveau des clubs existants".

– Nathalie Amiel : "Les filles, aujourd’hui, sont toujours des pionnières" ; "Quand j’ai commencé à jouer, on considérait que c’était un sport contre-nature pour la femme" ; "Les filles ne revendiquent pas le statut des hommes. Ce qu’elles souhaiteraient, c’est avoir du temps dégagé chez leur employeur pour pouvoir justement s’entraîner et ne pas être en train de jongler entre trois trucs en même temps : leur emploi, la préparation physique et une vie de famille si elles en ont une."

Marie-Alice Yahé  : "Un statut de pro ? Moi j’en rêve" ; "J’ai un caractère assez fort, et le rugby me permet de l’extérioriser" ; "On perçoit une indemnité journalière à chaque fois que l’on part en équipe de France. Après en club, nous n’avons rien du tout." ; "On arrive à prouver que l’on peut rester féminine tout en faisant un sport masculin" ; "Le problème c’est que la médiatisation reste fixée sur un moment, sur un match, sur une semaine, et qu’après, on nous oublie vite !"

3 questions à Sophie Surrullo sur le rugby féminin

Vous êtes passionnée de rugby depuis l’enfance, quels sont vos premiers souvenirs de rugby féminin ?
J’ai découvert cette pratique sur le tard. Je savais que cela existait, mais je n’avais jamais regardé de match avant les premières retransmissions télé il y a un an ou deux. Les féminines proposent un beau jeu, il faudrait que plus de matchs soient retransmis.

Pourquoi avoir choisi d’inclure des femmes dans vos entretiens ?
C’était évident pour moi. L’équipe féminine commence à se faire une petite place dans le paysage de l’ovalie, j’ai donc voulu rencontrer des joueuses pour savoir comment elles vivaient au quotidien, mais aussi pour avoir leur regard sur l’évolution du rugby masculin.

Qu’est-ce que vous a le plus marqué dans leurs témoignages ?
Les sacrifices qu’elles font au quotidien pour s’adonner à leur sport au plus haut niveau. Elles mériteraient d’avoir un statut professionnel, ou au moins semi-professionnel. Etre rémunérées leur permettrait d’être plus sereines. La balle est dans le camp de la Fédération Française de Rugby pour trouver le meilleur statut possible. Les joueuses sont en train d’élaborer une charte, on verra comment la FFR réagit et quelle place elle veut donner aux féminines.

J’en profite pour vous mettre le lien de la tribune que j’ai écrite il y a quelques semaines sur le rugby féminin et son manque de reconnaissance. Je vous rappelle aussi que le Tournoi des VI Nations féminin est clairement menacé : comme l’a révélé le site Sportiva-Infos, sa formule devrait évoluer dès l’an prochain en deux compétitions. Une mauvaise nouvelle à laquelle tentent de s’opposer les joueuses galloises sur Twitter avec le hashtag #backthegirls. Soutenez-les !

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