Maryse Éwanjé-Épée, du saut en hauteur au journalisme… et bien plus encore !

Souvenez-vous. Dans les années 80 et au début des années 90, une jeune femme dominait le saut en hauteur en France. Plusieurs fois championne de France, elle a participé à plusieurs Jeux-Olympiques. A peu près à la même époque, sa sœur cadette, Monique, brillait sur le 100m haies. Je vous parle, bien sûr, de Maryse Éwanjé-Épée.

On la retrouve aujourd’hui, entre autres, sur RMC comme chroniqueuse du « Moscato Show ». Sur la même radio, elle co-anime « Sportissimon » tous les samedis de 12h à 14h avec l’ancien rugbyman Serge Simon. Elle est aussi chroniqueuse dans l’émission africaine de Canal + “Plus d’Afrique”.  Sans oublier qu’elle a écrit un livre intitulé « Les négriers du foot » (éditions Le Rocher).

Ce qui m’a plu chez Maryse Éwanjé-Épée ? Sa spontanéité, sa simplicité et son franc-parler. La langue de bois ne fait définitivement pas partie de son vocabulaire… Tant mieux !

Pouvez-vous nous parler de vos débuts en athlétisme ?
C’est l’athlétisme qui est venu à moi. A l’école primaire, j’ai touché à plusieurs sports, dont la gymnastique que j’aimais particulièrement. En 6ème, comme j’avais beaucoup grandi, on m’a conseillé de faire de l’athlétisme. J’ai tout de suite accroché et j’ai commencé à faire des compétitions sans trop y réfléchir.

Le haut niveau est arrivé très vite ?
Oui, j’ai participé à mes premiers Jeux-Olympiques à l’âge de 19 ans. Je m’entraînais alors deux fois par semaine ! Après mon bac, je suis partie un an aux Etats-Unis mais j’ai dû ensuite rentrer à Montpellier pour ma carrière sportive. Mon entraîneur est parti quelques mois plus tard à la retraite, alors je suis montée à Paris à l’âge de 21 ans. Venant d’une famille modeste, et l’athlétisme n’étant pas alors un sport professionnel, j’ai travaillé et poursuivi mes études, en parallèle de mes entraînements et des compétitions.

Dans quel(s) domaine(s) avez-vous fait vos études ?
J’ai fait AES à la fac, LEA, Fine Arts aux USA,puis le CFJ en journalisme à Paris, ensuite un Brevet d’Etat, un DESS de marketing… J’ai fait toutes ces études pour gagner de la confiance en moi, pour me rassurer. Le sport repose sur la méritocratie, si tu es bon, tu réussis, tu gagnes des médailles. Ce n’est pas le cas dans notre société ! J’ai commencé à me sentir sûre de moi à 40 ans, en créant ma propre entreprise. Ça a été une révélation.

Votre société productrice d’émissions radio, Ya Foye Events, est centrée sur l’Afrique, pourquoi ?
C’est un peu un retour aux origines. Je suis née en France, à Poitiers, avec des origines espagnoles et camerounaises. En arrêtant ma carrière sportive, j’étais boiteuse, travailler en Afrique et sur l’Afrique m’a remplie, m’a permis de trouver un équilibre.

Ci-dessous, Maryse Ewanjé-Epée, avec Phil Darwin, Samuel Eto’o et toute l’équipe de Plus d’Afrique (Crédit photo : Canal +).

Que gardez-vous de votre carrière de sportive de haut niveau ?
Des regrets. Des regrets de ne pas avoir été bien dans ma peau plus tôt, de ne pas avoir plus profité des fêtes et des sorties, de ne pas avoir assez apprécié. Je n’étais pas une sportive professionnelle, j’avais parfois du mal à joindre les deux bouts, ma vie a vraiment commencé à 32 ans quand j’ai arrêté ma carrière. J’ai regretté de ne pas avoir fait ma crise d’ado : il faut vraiment être plus indulgent avec les jeunes sportifs, ils ont le droit de faire de grosses bêtises comme tous les jeunes de leur âge. J’ai toujours défendu Mathieu Bastareaud, c’est certes un gros costaud, mais il n’avait que 20 ans quand toute cette affaire lui est tombée dessus !

Vous avez eu votre premier enfant avant la fin de votre carrière, ce n’est pas courant…
Oui, j’étais l’une des toutes premières. Cela m’a valu la perte de mon sponsor. Je ne le regrette pas du tout, mais cela n’a pas été évident à gérer. Cela a créé la surprise autour de moi, de la gêne même. Les gens pensaient  que je ne reviendrai pas au haut niveau. Ca a été le parcours du combattant pour retrouver l’équipe de France, cela m’a demandé beaucoup d’énergie, un bon régime… Mais j’ai réussi ! Et je ne vois pas pourquoi une sportive de haut niveau devrait s’asseoir sur sa vie de femme ! Résultat, cela a fait bouger les choses, depuis il y a une crèche à l’INSEP, et j’en suis fière !

Vous avez choisi le journalisme sportif, un univers très masculin. En quinze ans, les mentalités ont-elles évolué ?
Pour mes premiers JO comme journaliste sur Canal+, en 1996, le sponsor n’avait prévu que des costards avec chemises et cravates pour toute l’équipe ! Depuis, il y a plus de femmes, elles sont moins complexées. Mais elles ont parfois encore le droit aux tâches ingrates, et à une carrière plus courte à la télévision. Aux premières rides et autres cheveux blancs, vous ne passez plus à l’antenne ! Chez les hommes, ce n’est pas du tout le cas… La femme doit toujours avoir des allures de miss météo, mais aussi des connaissances béton en sport pour faire ses preuves. Et surtout ne pas se plaindre des différences de salaire !

Ci-dessous, Maryse Ewanjé-Epée avant le Moscatoshow avec Jonah Lomu. 

Quid du sport féminin et de sa médiatisation ?
Là, ça n’a pas vraiment changé ! Tout le monde s’en fout, le sport féminin ne déclenche pas de grand intérêt, sauf de manière éphémère quand des filles comme Lucie Décosse gagnent des médailles, mais ça ne dure pas bien longtemps. Les spectateurs veulent des belles gonzesses avant tout ! C’est différent en Angleterre par exemple, où une championne d’heptathlon va avoir des milliers de fans sur facebook et twitter…

Faites-vous toujours du sport ?
Je dirais que je suis condamnée à en faire ! Quand on a été sportive de haut niveau, le corps réclame sa dose. J’ai eu beaucoup de problèmes physiques après ma carrière, et l’arrêt total du sport est pire que tout. Je fais de la danse africaine et du yoga, je n’ai pas le temps de faire plus pour le moment.

Plus d’infos : www.mais-tisse.com

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