La violence dans le football féminin

On a beaucoup plus l’habitude de parler de la violence dans le football masculin que féminin. L’agression, samedi dernier, de la jeune Noor, 17 ans, sur un terrain du XVe arrondissement de Paris, a mis au coeur de l’actualité la violence dans le football amateur et féminin.

Rappel des faits racontés par Le Parisien : « Au coup de sifflet final, Noor, qui avait marqué à quatre reprises, a levé les bras en signe de victoire. C’est à ce moment-là qu’une pluie de coups s’est abattue sur elle. « La gardienne de but s’est dirigée vers moi et, aussitôt, elle m’a donné un coup de poing au visage. J’ai vrillé sur moi-même, ensuite elle m’a saisie par les cheveux et m’a traînée par terre. Juste après, plusieurs filles de l’équipe adverse m’ont sauté dessus et m’ont asséné de multiples coups de pied, de poing, au visage et sur tout le corps », a raconté la victime aux policiers du XVe arrondissement.

Trois filles se sont acharnées avec leurs crampons sur l’adolescente clouée au sol. « Je me suis mise à pleurer, et ces trois filles et d’autres ont rigolé », se souvient Noor. Les entraîneurs des deux équipes ont tenté de s’interposer et de faire barrage de leur corps pour protéger la victime. « C’était violent. Tellement violent », raconte Claude, son entraîneur, encore sous le choc.

Pour éviter que l’agression ne vire à la bagarre générale, les deux encadrants de chaque club ont évacué leurs équipes respectives à toute vitesse. Noor, qui souffre d’une plaie de 10 cm au tibia, d’une contusion à l’épaule et qui a la main droite paralysée, a porté plainte. Elle a identifié les joueuses qui l’ont agressée, et celles-ci ont été interpellées. »

Simple fait divers isolé ou signe d’une dérive généralisée ? Voici des extraits d’un article d’Europe1.fr qui tente d’apporter des éléments de réponse.

« La Fédération a accepté de nous livrer les chiffres des incidents relevés sur l’ensemble de la saison 2010-11 dans les différentes catégories, hommes comme femmes. Ainsi, sur les 13.863 matches féminins qui ont eu lieu, seulement 93 ont été marqués par des incidents, soit 0,70%. Chez les jeunes filles, sur les 3.657 rencontres disputées, huit ont posé problème, soit 0,22%. A titre de comparaison, la catégorie « la plus à risques », les garçons de 18 ans, 9.145 incidents ont été relevés sur 351.000 matches, soit 2,60%.

« L’incident de samedi reste un cas à part, marginal », conclut-on à la FFF, qui note un maintien du pourcentage d’incidents d’une année sur l’autre (1,8% sur plus de 700.000 matches disputés dans l’ensemble des catégories). Ce « cas à part » est donc intéressant d’un point de vue médiatique… La proportion d’incidents dans le foot féminin reste donc très faible. Mais, dans leur article « Quand les footballeuses en viennent aux mains »publié dans la revue Champ pénal, Nicolas Penin, Fatia Terfous et Oumaya Hidri Neys notent que si, « à nombre de matches équivalent, les rencontres entre hommes sont 3,6 fois plus souvent touchées par les violences et les incivilités que les matches de football féminin », l’activité délictueuse des femmes dans le football « dépasse, en proportion, celle qui est la leur dans la société civile ». En effet, selon les chiffres de l’observatoire national de la délinquance (OND), les femmes sont 5,6 fois moins impliquées que les hommes en tant que délinquantes.

Comment expliquer cette sur-représentation de la violence féminine dans le milieu du football ? S’appuyant sur l’ouvrage Sport et Civilisation, la violence maîtrisée, de Norbet Elias et Eric Dunning, les auteurs de l’étude s’interrogent sur « la question d’une éventuelle spécificité de l’implication des femmes dans les violences lorsqu’elles investissent des fiefs de la masculinité ». Ou la violence des femmes expliquée comme un dommage collatéral du machisme régnant dans le football… »

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