Etats Généraux du sport féminin en équipe : la médiatisation en questions

Les Etats Généraux du sport féminin en équipe ont démarré ce matin à Bourges. Petit bilan à mi-parcours, après les deux premiers débats qui ont tourné autour de la médiatisation.

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Que retenir des différentes interventions ? Quelles pistes de réflexion et de solution ont émergé ?

Dans le discours de la Ministre Najat Vallaud-Belkacem, voilà ce qui m’a marquée.

Seulement quatre fédérations ont mis en place de plans de féminisation, le handball, le basket, le cyclisme et le football, alors même que c’est une obligation pour toutes les fédérations avant la fin de l’année.

Autre donnée marquante : la FFF a gagné 13 000 licenciées en deux ans.

Les femmes sont un potentiel énorme pour les fédérations, elles pratiquent beaucoup, mais ne représentent qu’un tiers des licences.

Il y a encore beaucoup de déséquilibres au niveau local entre les aides publiques attribuées aux clubs féminins et masculins.

Il ne faut pas que le sport, notamment féminin, soit réservé aux chaînes payantes.

La parité et rien d’autre, voilà l’objectif exigé par le gouvernement pour les fédérations. Les modèles cités ? La natation et la gymnastique, qui ont atteint la parité dans leur comité directeur.

Les faits et les idées marquantes des deux premiers débats : 

* Faut-il ou non coupler les droits de retransmission télé féminins et masculins ?
Fabrice Jouhaud, directeur de la rédaction de L’Equipe, est contre. Il souhaiterait que les fédérations les découplent pour que les compétitions féminines ne soient pas reléguées à des horaires tardifs, sur des réseaux secondaires.
Philippe Bana, DTN de la FFH, est pour. Canal+ a ainsi du acquérir en même temps les droits masculins, et les droits du championnat féminin.

* La mixité pour faciliter la diffusion.
Faut-il organiser des championnats d’Europe et des coupes du monde féminines/masculines en même temps, sur les mêmes lieux ?  Idem pour les finales de coupe de France, de football par exemple ? Que penser des matchs féminins en levée de rideaux ?
Cela permettrait notamment d’optimiser les coûts de production pour les chaînes qui retransmettent.
Au handball, la soirée de remise des prix pour les meilleurs joueurs et les meilleures joueuses de l’année a lieu en même temps, ce qui crée une bonne dynamique selon Philippe Bana.

* Créer des prix et des rubriques 100% féminines, une idée sexiste ou une avancé vers l’égalité ?
L’Equipe a lancé un trophée pour récompenser la championne des championnes, avant ce prix était mixte. Une manière de créer de l’appétence pour des héroïnes selon Fabrice Jouhaud.
Si L’Equipe créait une rubrique dédiée aux sports féminins collectifs, est-ce une forme de ghettoïsation ? Si le journal prend cet engagement, qui s’engage à s’abonner au quotidien en contrepartie ?

* Diversifier les supports de la médiatisation.
Il y a la télévision (chaînes historiques, TNT et chaînes payantes), mais aussi le web avec les réseaux sociaux, les sites web, les applis pour smartphone et Dailymotion pour des retransmissions en direct. Aux fédérations et aux ligues de s’emparer de ces nouveaux outils.

* Les quotas sont-ils un passage obligé ?
Oui, selon certains pour bousculer le milieu et accélérer le changement. Non, pour d’autres. Le risque soulevé par Céline Géraud : une "surmédiatisation" qui serait nuisible en montrant des matchs à tout prix, quelque soit l’intérêt sportif ou les conditions de retransmission, ce qui pourrait desservir le sport.

* La mutualisation, une solution d’avenir.
Mutualisation entre les chaînes télé : un même sport, plusieurs chaînes pour retransmettre, comme c’est le cas cette année pour le football féminin (Eurosport, France 4, D8).
Mutualisation entre les fédérations et ligues. Peut-on envisager des web tv communes, des campagnes de promotion/de marketing intersport ? Ou encore des campagnes d’affichage mixte ? Un vrai potentiel selon Renaud Blondel, d’Illustrasport, par exemple pour le rugby à 7, nouveau sport olympique qui peut être médiatisé de manière mixte. C’est ce qu’a déjà fait l’équipe d’Angleterre pour la Coupe du monde en Russie, selon Nathalie Janvier (FFR).
Mutualisation entre les régions pour organiser des compétitions ce qui permettrait de répartir les coûts et les retours entre plusieurs villes.

* Féminiser les chaînes sportives
Selon Arnaud Simon, d’Eurosport, pour les chaînes de sport, se féminiser n’est pas une option, c’est une obligation. Féminiser l’offre, mais aussi les équipes. Pour Eurosport, miser sur le foot féminin, c’est construire l’avenir, le produit de demain, comme le ferait un centre de formation. C’est un potentiel d’attractivité pour des annonceurs en quête de valeurs. Ce n’est pas de la charité !

* Faut-il miser sur le glamour et le sexy pour promouvoir le sport féminin ?
Selon Renaud Blondel, on est à un virage : le temps des affiches misant sur la féminité, les talons aiguille et le rouge à lèvres, est dépassé, surtout dans le football. Désormais, on mise sur l’aspect sportif. A l’image du clip tourné par Eurosport sur les "sérial butteuses" avec un accent mis sur le combat et le sport.
Il faut des personnalités charismatiques, des histoires à raconter, des gros plans sur les associations soutenues par les joueuses, sur leurs parcours, etc.
Comme l’a rappelé Amélie Goudjo, handballeuse, l’affiche pour la dernière Coupe de France de handball qui a fait polémique, a fait le buzz, a fait parler dans les médias, mais n’a pas fait venir le public.

* Le volontarisme des fédérations, des clubs et des ligues, il faut créer l’événement
JP Siutat a rappelé la création de l’Open de Basket Féminin, événement qui ouvre le championnat de basket féminin depuis plusieurs années. Il se déroule maintenant à guichet fermé, a été imité dans d’autres sports, et dans d’autres pays.
Il faut de bons stades pour permettre de bonnes retransmissions TV. Ouvrir les stades des équipes masculines est souvent compliqué : sexisme, coût financier, préservation de la pelouse… Faut-il trouver des compromis, comme Charléty pour les joueuses du PSG ?

* La création d’une caisse commune
JP Siutat propose la création d’une caisse commune provenant des pouvoirs publics/politiques pour promouvoir le sport féminin.

* Les aides à la presse
L’Equipe n’en bénéficie pas selon Fabrice Jouhaud. Si le journal se lance dans la promotion du sport féminin, en considérant que cela est d’utilité publique, les pouvoirs publics sont-ils prêts à lui donner des subventions ? Car quand l’Equipe fait sa Une sur l’OL féminin, c’est 60 000 exemplaires vendus en moins par rapport à une Une dédié à un club masculin de ligue 1…

La suite demain avec un bilan sur les aspects économiques et financiers… Les débats, animés par la pétillante et dynamique Maryse Ewanjé-Epée, sont à suivre en direct sur la web tv des Etats Généraux du sport féminin en équipe. 

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