Le sport féminin : le sport, dernier bastion du sexisme ?

8 idées pour en finir avec le sexisme dans les commentaires sportifs

Depuis quelques jours, de nombreux articles pointent du doigt les commentaires et remarques sexistes utilisés dans les médias (télé comme presse écrite) pour parler des sportives depuis le début des Jeux olympiques de Rio. En France, mais aussi à l’étranger. Que faire pour en finir avec ce machisme ordinaire ? Voici huit pistes, en attendant les vôtres.

 

Coubertin

1° Davantage de mixité
En France, l’Union des journalistes de sport en France (UJSF) compte environ 10 % de femmes. Un pourcentage stable depuis 2008. Pour les JO de Rio, les duos mixtes ou féminins ne sont plus rares pour les commentaires télé en direct. Et ça fait bien, surtout que les journalistes sportives et consultantes ne sont plus cantonnées aux épreuves féminines. Il serait intéressant de connaître le pourcentage de femmes accréditées par le CIO au niveau des médias (demande en attente de mon côté). Si la mixité ne réglera pas tout, certaines femmes reproduisant les mêmes travers que leurs homologues masculins, elle aidera vivement à changer durablement les mentalités.

2° Vers une charte de bonne conduite ?
Eviter certains clichés, bien choisir ses mots (l’équipe de France féminine de football et non l’équipe de France de football féminin), s’intéresser aux performances des sportives au lieu de leur physique, ne pas les réduire à leur statut marital ou à leur entraîneur… Et si les médias se dotaient d’un guide pratique (même interne à chaque rédaction) ? Quelques exemples concrets de bonnes pratiques (à faire/à ne pas faire) dans un article du Guardian.

3° De l’humour, beaucoup d’humour !
Quand on évoque les adjectifs souvent employés pour décrire les sportives (« mignonnes », « jolies », « émotives », « élancée »…), certains ne voient pas le problème. On me dit souvent qu’il n’y a pas de mal à ça, que c’est gentil, flatteur même. Le problème ? La systématisation de leur utilisation et leur prédominance face aux résultats sportifs des championnes. Leurs performances passent ainsi souvent au second plan. Alors que pour les sportifs, on parle de sport, et c’est tout ! D’où l’idée de parler de ces messieurs comme on parle des sportives. Et là, le ridicule de la situation transparaît. Bijou en la matière, la chronique de Chrystelle Bonnet parue dans L’Equipe mercredi dernier. Je vous laisse savourer…

Chronique Lequipe

4° Des témoignages encore trop rares
Cette semaine, c’est le sexisme dans le traitement médiatique qui est mis en avant. Mais qu’en est-il, plus largement, dans les fédérations, au sein des clubs ou des rédactions ? Je pense qu’il ne s’agit que de la partie visible de l’iceberg. On manque encore de témoignages de sportives et de femmes évoluant dans ces milieux. La parole s’est un peu libérée ces derniers mois en politique, va-t-elle suivre le même chemin dans le sport ? En octobre prochain, Béatrice Barbusse, sociologue, actuelle présidente du CNDS et ancienne présidente du club de handball masculin d’Ivry, sort un livre mêlant témoignages et analyses. Espérons qu’il fera bouger les lignes de l’intérieur.

bea livre

5° La formation aux stéréotypes
Les professeurs d’EPS suivent, au cours de leur formation universitaire, un module dédié à l’égalité homme-femme. Pourquoi ne pas en faire autant dans les écoles de journalisme ou lors de formations continues ? L’idée serait de sensibiliser les journalistes, mais aussi les anciens sportifs qui deviennent consultants.

6° Des études quantitatives, et qualitatives
Concernant la médiatisation des sportives, on se focalise souvent seulement sur les chiffres. Il serait intéressant de multiplier les études sur le traitement qualitatif qui leur est réservé. L’enquête de l’université de Cambridge, très médiatisée ces derniers jours, est significative en la matière, tout comme les travaux du sociologue Nicolas Delorme. Des comparaisons hommes-femmes serait ainsi parlantes, en prenant le même sport et le même niveau de compétition.

7° Non à l’indifférence
Pires que les remarques misogynes ? Le silence et l’indifférence qui leur font encore trop souvent face. Les réseaux sociaux ont ceci de bon qu’ils donnent de l’écho à l’indignation et servent à dénoncer de tels propos qui n’ont rien d’anecdotiques (sans pour autant voir le mal partout et s’emballer sans mesure ou recul). Cette solidarité 2.0 devrait être aussi la norme dans la vraie vie, et là, il y a encore du boulot.

8° A quand de vraies sanctions ?
En juillet dernier, un dirigeant de Publicis a été suspendu pour des propos sexistes. Quand le journal italien Il resto del Carlino, quotidien de Bologne, a désigné, il y a quelques jours, l’équipe italienne de tir en titrant « Les trois grassouillettes« , le chef du service des sports a été tout simplement licencié. Quand le CSA a mis en garde France Télévisions pour les commentaires machistes de Philippe Candéloro lors des JO de Sotchi en 2014, aucune sanction n’a été prise à son encontre. Il a été maintenu à l’antenne comme si de rien n’était…

Et vous, quelles sont vos idées ?

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3 réflexions au sujet de « 8 idées pour en finir avec le sexisme dans les commentaires sportifs »

  1. Il me semble que ce qu’il manque dans vos recommandations c’ est un programme spécifique (accepter une forme de discrimination « positive  » avec des moyens dédiés ) visant à mettre en place une pratique sportive (presque obligatoire) pour les jeunes filles au sein ou en parallèle avec les colleges en plus du cursus scolaire habituel. Ce programme viserait justement la période critique des filles , celle de la puberté, l’âge où justement la pratique sportive des filles chute significativement. La gamme de sports proposés serait très large avec notamment tous les sports connotés ( à tort) masculins , rugby, sports de combat (mettre l’accent sur la self-défense en vue de réduire la violence contre les femmes ), musculation….

    Ce qui est important de toute façon c’est de cumuler toutes ces actions dans la durée , avec une vraie volonté politique, permettant une transformation de la situation des femmes en général par l’enrichissement de la perception de leur corps par elles mêmes et par les hommes, corps puissants et forts, capables d’agir sur leur environnement et d’explorer le monde avec détermination et efficacité.

  2. La solution la plus simple serait que les auditeurs des commentateurs sportifs, c’est-à-dire les téléspectateurs soient composés à 50%…De femmes. Ils éviteraient des remarques sexistes si ils savaient que ça choquerait la moitié des gens qui les écoutent.

    Or ce n’est pas le cas, les femmes se foutant (globalement) du sport en France…

    1. Bonjour,
      Je ne suis pas convaincue par votre argument. On a fréquemment des commentaires sexistes pour le patinage artistique, discipline pratiquée et regardée en majorité par des femmes. Je pense notamment aux JO de Sotchi avec les propos de Candéloro. Cela ne l’a en rien empêché de tenir des propos sanctionnés ensuite par le CSA. Par ailleurs, les JO, et plus généralement les grandes compétitions (Coupes du monde, Euro, etc.), sont regardés par un public assez mixte qui dépasse largement les passionnés de sport.

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